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L’ethnologue Claude Lévi-Strauss est mort

L’ethnologue et anthropologue Claude Lévi-Strauss est mort dans la nuit du samedi 31 octobre au dimanche 1er novembre à l’âge de 100 ans, selon le service de presse de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) contacté par Le Monde.fr. Plon, la maison d’édition de l’auteur de Tristes Tropiques, a également confirmé l’information diffusée par Le Parisien.fr en fin d’après-midi. Claude Lévi-Strauss, qui a renouvelé l’étude des phénomènes sociaux et culturels, notamment celle des mythes, aurait eu 101 ans le 28 novembre.

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L’Europe, une passion turque

L’écrivain turc publie «D’autres couleurs», un recueil d’essais, et parle des rapports intenses et conflictuels entre son pays et l’Europe par Orhan Pamuk prix Nobel de littérature 2006

Le Nouvel Observateur.Vous avez grandi à Istanbul, dans une famille bourgeoise occidentalisée. Pour vous, c’est l’Occident qui a inventé le roman, l’art selon vous le mieux apte à dire le monde. Comment avez-vous concilié votre passion pour le roman occidental et votre héritage turc ?
Orhan Pamuk. – Maintenant que les années ont passé, le moment est venu de revenir sur ma jeunesse, lorsque je formulais des théories sur ma double identité turque et européenne et sur l’enrichissement mutuel qu’étaient censés représenter, aux yeux de nombreux intellectuels turcs, les échanges entre ces deux traditions. Mon enthousiasme d’antan a malheureusement décliné : non seulement mon enthousiasme politique, mais aussi culturel pour cette affirmation spectaculaire d’une double identité. Pourquoi ? Parce que, lorsque j’ai développé ces idées, vers l’âge de 25 ans, avant de les exprimer plus tard dans mes livres, la Turquie était à l’époque un pays très introverti, tout comme moi ! J’ai visité la Suisse quand j’avais 7 ans, mais je ne suis ressorti de Turquie qu’à l’âge de 33 ans. En ce sens, j’étais un Turc typique : provincial, vivant en autarcie et satisfait de mon sort. Mais c’est justement ce provincialisme qui me faisait rêver de l’Europe, comme mon père avant moi, comme Dostoïevski, Tanizaki et tant d’autres dans leur jeunesse. Une Europe imaginaire, idéalisée, que j’essayais de rendre palpable par mes livres et mes réflexions, et qui a nourri après une lente maturation «le Livre noir», «le Château blanc» et par-dessus tout «Mon nom est Rouge». Je réfléchissais sans cesse à ces rapports entre Turquie et Europe, toujours ? en dramatisant leurs différences, ce qui m’a aussi permis de mieux saisir mon identité turque. Mais si j’y rendais hommage à notre tradition culturelle, je célébrais aussi le caractère inévitable de l’occidentalisation. Aujourd’hui, je vois les choses différemment. Tout d’abord, la Turquie n’est plus aussi provinciale : elle est sortie de son placard, elle a fait son coming-out, si j’ose dire. Et elle est sur toutes les lèvres, car elle représente un défi pour l’Europe en l’obligeant à définir sa propre identité, qu’elle finisse ou non par entrer dans l’Union européenne. La Turquie est devenue plus visible, exhibant ses beautés comme ses zones d’ombre, qu’il s’agisse des violations des droits de l’homme, du traitement infligé aux Kurdes (malgré des progrès notables) ou du rapport problématique à son histoire passée. Ce pays naguère fermé connaît une évolution lente mais tangible. Les jeunes générations sont plus perméables à l’Europe, voyagent beaucoup plus à l’étranger. Je n’ai donc plus autant besoin de promouvoir l’Europe comme construction ou réalité culturelle, car elle est bien présente, même si tous les Turcs n’y voient pas un idéal.

N. O.- Dans «D’autres couleurs», vous dites que la schizophrénie culturelle rend intelligent...
O. Pamuk. – J’ai été nourri de Borges, de Calvino, de Kundera, de Naipaul, plus tard de Paul Auster… Mais je lisais aussi les mystiques musulmans du XIIe siècle, «les Mille et Une Nuits», la poésie ottomane… Et dans mon oeuvre j’ai mélangé tout cela de façon éhontée ! Du coup, mes ennemis en Turquie m’ont traité de postmoderne, ce qui pour eux était une insulte. On m’accusait de manquer de respect envers notre tradition. Or ce sont justement mes antinomies qui ont fait mes livres. La créativité, dans l’art et la culture, consiste à associer deux choses différentes et jusque-là séparées, ce qui représente un défi lancé à la tradition, aux pères, à toute autorité, qu’elle soit esthétique, intellectuelle et universitaire, politique ou religieuse. Ce geste dégage toute l’énergie et la tension d’une décharge électrique, et c’est ce que j’ai tenté de faire dans «le Livre noir» ou «Mon nom est Rouge». Cela m’a enrichi, mais m’a aussi donné l’assise nécessaire pour me réapproprier la tradition culturelle islamique, dans une démarche laïque et littéraire, en éludant sa dimension strictement religieuse, donc sans la mettre sur un piédestal comme le font les fondamentalistes. Et cela m’a permis de toucher le lectorat turc, qui tend à négliger cet héritage culturel. Ma démarche a donc des implications politiques. Mais toutes les cultures font de même : il faut sans cesse réinventer la tradition à la lumière de la modernité pour ne pas l’oublier. ()


350 le chiffre magique ?

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350 ppm pour être précis ! Les “ppm” ne servent pas à mesurer la vitesse de la musique, mais la concentration maximale de particules de CO2 par millions. Si on veut éviter que l’air terrestre ne subisse un réchauffement, ce taux de ppm doit être de 350. D’après des organisations environnementales, aujourd’hui on a atteint les 390 ppm !

Alors action ! C’était le mot d’ordre ce 24 octobre dans 180 pays. Aux Philippines, au Kazakhstan, en Mongolie, en haut du Kilimanjaro en Tanzanie, à Shangaï etc. “350″ est devenu le symbole de la lutte contre le réchauffement.

Pour ne pas passer une année de plus à 390 ppm! L’opportunité d’imposer des changements au sommet de Copenhague en décembre doit êre saisie. Les organisateurs de 350.org, liés à la campagne “tck tck tck” d’urgence climatique, veulent faire pression sur les dirigeants à travers ces mobilisations qui touchent presque toute la planète.

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Post-partum à Istanbul

Y aurait-il des romans pour hommes et d’autres pour femmes ?

J’y repensais l’autre jour en lisant Lait noir (Siyah Süt, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, 339 pages, 22 euros, Phébus). La stambouliote Elif Shafak y fait la chronique de la société dans laquelle elle vit à travers les cas de conscience de ces femmes qui se veulent à la fois mères et artistes. George Steiner a écrit à ce sujet quelques pages dans Réelles présences. Les arts du sens qui firent scandale en 1991. Il y soutenait que le monopole masculin dans les arts, la littérature et surtout la composition musicale n’était pas le résultat de l’asservissement domestique, de l’oppression phallocratique ou des conditions socio-historiques mais bien d’autre chose :”La capacité biologique de procréer, d’engendrer la vie qui est le propre de la femme, n’est-elle pas de quelque façon, à un niveau absolument essentiel à l’être de la femme, tellement créatrice, tellement épanouissante, qu’en comparaison, la création de personnes fictives qui est la matière même du drame et des arts plastiques, en pâlisse ?” On s’en doute, ce n’est du tout le discours que tient Elif Shafak : son Lait noir oscille plutôt entre Le Deuxième sexe, Une Chambre à soi et Doris Lessing.

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Etre ou ne pas être cyberdépendante ?

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Difficile pourtant de dégager un profil type de l’internaute cyberdépendant. “Autrefois, il s’agissait majoritairement d’hommes âgés de 25 à 35 ans (…). Maintenant, il semble y avoir une certaine parité entre les hommes et les femmes”, observe le psychologue canadien Jean-Pierre Rochon. Dans son ouvrage sur Les Accros à Internet, le créateur du site psynternaute.com précise que les adolescents sont proportionnellement plus nombreux à souffrir de troubles obsessionnels que les adultes.

Malgré cela, rares sont les études consacrées exclusivement à la cyberdépendance. Les plus sérieuses, publiées en Asie et aux Etats-Unis dès le milieu des années 1990, se fondent sur le résultat de tests, généralement accessibles en ligne. Le premier de ces questionnaires, mis au point par le docteur Kimberly Young en 1994, se présente sous la forme d’un questionnaire à choix multiples (QCM) en vingt points. Alain Dervaux accepte de m’y soumettre. Avec un résultat de 57 sur 100, je me classe dans la catégorie des usagers abusifs, mais curables.

“Le problème de ces tests, c’est qu’ils s’appuient sur des critères trop larges pour évaluer précisément la cyberdépendance d’un individu”, tempère mon docteur. Pour la plupart des internautes, et j’en fais partie, le Web agit plutôt comme une drogue douce. Socialement obligatoire mais rarement néfaste pour la santé, c’est avant tout un instrument de liberté.

Dans le pire des cas, il agit comme un accélérateur de narcissisme. Comme le précise mon docteur, “tout en offrant l’anonymat, Internet permet de diffuser une projection de soi contrôlée, valorisée, sculptée et optimale. Rompre avec ce miroir, c’est se couper de la meilleure partie de soi-même. Un processus d’autant plus douloureux, narcissiquement, qu’on s’exclut de la communauté des internautes”. Mais Alain Dervaux en est convaincu, “ce sentiment de frustration dont vous m’avez parlé finirait par se dissiper si vous prolongiez l’expérience”.