“Beyond Google”

“Beyond Google”

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Situer Google pour mieux le critiquer

Google a pris trop d’importance dans notre quotidien pour ne pas le prendre au sérieux, c’est-à-dire avec autant de lucidité que d’humour, sans s’arrêter aux clichés de tous bords et auscultant toutes les faces de son ” être “. Google, aussi paradoxal que cela puisse paraître, a une réalité politique. Trop capitaliste pour être libertaire, et trop libertaire pour être bêtement capitaliste. Google est-il donc libertarien ? Mais alors, de quel côté penche-t-il ? Google est devenu le parfait modèle du management post-fordiste, y compris en Europe. Travailler dans le Googleplex de Mountain View ? Aux Etats-Unis, les étudiants en rêvent, et savent à quel point il est compliqué d’y être embauché. Larry Page lui-même, l’un des deux fondateurs de l’entreprise, veille à ne pas laisser passer une embauche sans son imprematur, au final d’un parcours de gladiateur tant pour les ingénieurs et programmeurs que pour les gens du marketing. Google, encore et surtout, c’est une ” nouvelle ” nouvelle économie, qui déplace la question de l’accumulation du capital fixe au capital intellectuel. C’est le plus brillant des avatars de l’économie de la contribution, reposant sur la connaissance vivante et volontiers critique de chacun bien plus que sur son porte-monnaie. Google, enfin, c’est un imaginaire en actes. C’est un monstre souriant, de l’ordre de la machine pensante, qui cherche sans cache misère à réaliser les rêves de ses fondateurs. Google, peu le voient, est un héritier de l’intelligence artificielle forte de la fin des années 1950. Fi des ordinateurs !, le monde de Google est déjà ” post-PC “. Internet sera partout, invisible et omniprésent comme l’électricité ? Alors Google sera partout, comme Internet, et son IA robotique sera votre meilleure amie.[

” Beyond Google “…

Comment ne pas préférer Google, cet ami trop gentil pour être honnête mais d’une belle subtilité, aux pesants patrimonialistes de ladite loi Hadopi ? Le premier nous est utile, là où il ne vaut mieux rien dire des seconds (pour rester poli). Sur ce registre de la lutte contre la ringardise (elle aussi en actes), Google peut être un allié, certes terriblement dangereux, mais tactiquement intéressant. Ne serait-ce qu’à cause de sa puissance et de ses indéniables visées tentaculaires, Google mérite une critique radicale, mais à sa hauteur. Lui-même l’a compris, et accepte sans (trop) sourciller les volontés de régulation d’organismes comme la Cnil. Il a trop besoin des internautes pour les vendre sous forme de bases de données. Dès lors, ne serait-il pas réjouissant de répondre à l’imaginaire démiurgique de Google par un imaginaire se nourrissant de nos pratiques de programmation, de nos détournements et autres sauvageries artistiques ? Pour mesurer à quel point les miroirs Google ou Facebook nous déforment, et passer, comme Alice, au-delà, il nous faudrait sans doute des sages, et surtout des fous de Google, de Facebook et des vrais ou faux amis du Web 2.0. Enfin, n’oublions jamais la fugacité des technologies et de leur domination. Qui se souvient de Netscape, de Napster ou de Kazaa ? ” Beyond Google “, il n’y a peut-être déjà plus Google, promis, qui sait ?, à tomber dans la botte de Noël de nos équipements communs, simple annexe d’un Internet ayant appris à coder le sens bien au-delà des mots.

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